PREMIÈRE PARTIE D’UNE SYMPHONIE
faire étudier les nombreux opéras et les cantates dont on allait régaler le public de la principauté pendant la période des fêtes de tir au papegai. Jamais je n'arrivai à entreprendre la moindre excursion dans la riante campagne de ce petit pays. Si, pendant les six semaines qu'y dura notre séjour, mes occupations pénibles et mal payées n’eussent pas suffi à me retenir dans la ville, j'y aurais été enchaîné par deux passions : le désir d’achever mon poème du Liebesverbot, et mon inclination croissante pour Minna.
J'élaborai aussi le plan d'une composition musicale. C'était une symphonie en mi majeur , dont j'achevai la première partie (à 3/4). J’avais été influencé dans ce travail par les septième et huitième symphonies de Beethoven, et je crois que, si j’avais terminé cette œuvre, ou tout au moins conservé ce que j’avais écrit, elle ne m’aurait pas fait honte. Mais, à cette époque déjà, je commençais à comprendre qu’il était impossible de créer après Beethoven quelque chose de neuf ou de remarquable dans le genre symphonique. L'opéra, où je ne voyais vraiment rien qui pût servir de modèle, m’attirait en revanche par la variété de ses formes artistiques. En proie aux plus divers sentiments passionnés, j’employais mes rares heures de loisir à finir le poème de mon nouvel ouvrage, et je consacrais à sa langue et à ses vers bien plus de soin qu’au texte des Fées . J’avais aussi plus grande confiance en moi-même qu’autrefois pour l’invention des situations et leur agencement. ^
D’autre part, j’appris à connaître alors les premiers chagrins et soucis de la jalousie. Minna, qui, jus-