‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 122 sur 285 · SUCCÈS A MAGDEBOURG · texte numérisé non relu

SUCCÈS A MAGDEBOURG

J’étais généralement bien vu de mes musiciens capables, et le bon ensemble de notre jeu nous valait les applaudissements enivrants du public, spécialement après de fougueuses ouvertures que je faisais exécuter dans un mouvement final endiablé.

Le résultat de mon ardeur, parfois exagérée, à la tâche me gagna la sympathie des chanteurs et la joyeuse approbation des auditeurs. La critique et ses ergoteries n’étant pas encore bien développées à Magdebourg, la satisfaction générale s’exprimait de la façon la plus agréable et la plus encourageante pour moi. Au bout de quelques mois, j’avais l’impression flatteuse d’être le premier directeur d’opéra du monde. Le régisseur Schmale, qui, dans la suite, me resta fidèlement attaché, composa, à l’occasion du jour de l’an, un festival qu’il me chargea de mettre en musique. Il prévoyait un succès tout particulier de cette collaboration. Je me mis à l’œuvre avec une grande rapidité : une ouverture frémissante, plusieurs mélodrames et des chœurs réussirent à souhait, malgré la hâte de la composition, et obtinrent tant de bravos que ce salut à la nouvelle année dut être répété, ce qui arrive rarement à ces pièces de circonstance.

Ce commencement d’année (1835) devait marquer encore un tournant critique dans mon existence. Depuis que nous avions, Minna et moi, rompu nos relations à Rudolstadt, nous nous étions à peu près perdus de vue. Quand nous nous retrouvâmes à Magdebourg, nos rapports demeurèrent volontairement rares et froids. J'appris que l’année précédente, à ses débuts dans cette ville, elle* avait fait "sensation par sa beauté et que mainte-

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