INQUIÉTUDES JALOUSES
nant elle était encore fort recherchée par quelques jeunes nobles et ne se montrait pas insensible à leurs avances. Bien que sa réputation ne fût pas atteinte, grâce à sa conduite sérieuse, toujours convenable, j’éprouvais une grande aversion pour ce genre d’intimités, peut-être en souvenir des souffrances que j’avais endurées dans la famille Pachta à Prague. Minna avait beau m’assurer que la tenue de ces messieurs était infiniment plus réservée et plus décente que celle des bourgeois, amateurs de théâtre, et spécialement que celle de certain jeune chef d’orchestre, elle ne réussissait pas à adoucir l’amertume et à calmer l’humeur querelleuse où me jetait sa manière d’agir. Nous passâmes ainsi trois mois fâcheux qui nous éloignèrent de plus en plus l’un de l’autre.
Pour me consoler, je cherchais à me persuader que je trouvais du plaisir à fréquenter la société la plus mal choisie et me laissai aller à un tel relâchement de mœurs que Minna, dans sa pitié, en éprouva une inquiétude sérieuse pour moi. Elle me l’a dit plus tard. Bien entendu, le personnel féminin de l’Opéra ne manquait point de témoigner des attentions risquées au jeune chef d’orchestre. Une jeune femme surtout, à la réputation plus que douteuse, avait évidemment jeté son dévolu sur moi. Tout cela poussa Minna à prendre une résolution décisive.
J’avais eu l’idée d’inviter la singulière élite de notre troupe à venir passer la Saint-Sylvestre dans ma chambre. * Je voulais leur offrir des huîtres et du champagne. Les maris étaient conviés avec leurs femmes et j’étais curieux de voir si je pourrais décider Mlle Planer à venir aussi. Très simplement, elle accepta l’invitation et apparut.