‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 131 sur 285 · MIN N A A LEIPZIG · texte numérisé non relu

MIN N A A LEIPZIG

fois de plus dans ma famille, et cette première tentative pour acquérir une situation indépendante n’ayant guère réussi, je dus m’inquiéter tout d’abord de me procurer l’argent nécessaire à l’acquittement des dettes laissées à Magdebourg. Un caniche brun, très intelligent, qui m’avait suivi fidèlement et que je confiai aux soins des miens, était le seul bien que j’eusse emporté de là.

Toutefois, comme je m’étais montré très capable de diriger un orchestre, ma mère et Rosalie puisaient dans ce fait bon espoir pour mon avenir. Je ne pouvais cependant m’habituer à l’idée de reprendre mon ancienne vie de famille, et mes relations avec Minna me poussaient à rentrer le plus tôt possible dans ma carrière interrompue. Je m’aperçus surtout du changement qui s’était accompli en moi lorsque, se rendant à Dresde, Minna s’arrêta quelques jours à Leipzig. L’abandon, la cordialité de ses manières me firent sentir que je n’étais plus fait pour vivre dans la dépendance patriarcale de la famille. Je m’entendis avec elle pour me faire réengager au théâtre de Magdebourg et lui promis une visite prochaine à Dresde. Puis je l’amenai chez ma mère et ma sœur. J’avais obtenu de ces dernières l’autorisation de l’inviter un soir à venir prendre le thé chez nous. Rosalie, à cette occasion, s’aperçut de mes sentiments, mais elle ne s’en inquiéta guère et s’amusa seulement à me taquiner. La chose ne lui semblait pas dangereuse.

Pour moi, elle était grave, cependant, car mon inclination se rencontrait avec mon besoin d’indépendance et mon désir de me créer une place dans le

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