‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 14 sur 285 · THÉÂTRE DE MARIONNETTES · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DE MARIONNETTES

ma sœur Rosalie jouait du piano et Clara commençait à chanter. Autrefois, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de mes parents, on organisait en cachette, pour les surprendre, des représentations théâtrales qui exigeaient de grands préparatifs. A l’époque dont je parle, je ne me souvenais plus que vaguement de ces fêtes. Une seule était restée gravée dans ma mémoire. On avait monté une parodie de Sapho , de Grillparzer, dans laquelle je faisais partie du chœur des gamins chantant devant le char triomphal de Phaon. J’essayai de raviver mes réminiscences à l’aide d’une belle scène pour marionnettes, que je trouvai dans les choses laissées par mon beau-père et dont il avait peint lui-même les splendides décors. Voulant faire à ma famille la surprise d’une biillante représentation sur cette scène, je sculptai, avec beaucoup de maladresse, diverses poupées que j ’habillai de chiffons dérobés à mes sœurs ; puis je m’occupai d’élaborer un drame moyenâgeux dont je comptais faire apprendre les rôles à mes marionnettes. Mais j’avais à peine achevé la première scène, que mes sœurs en découvrirent le manuscrit et se moquèrent de mon drame avec de grands éclats de rire. Une des phrases de l’héroïne inquiète : « J’entends caracoler déjà mon chevalier », fut déclamée souvent avec emphase, à mon vif agacement.

Ma famille ayant, comme je l’ai dit, renoué des liens a\ec le théâtre, je m’y sentis de plus en plus attiré moimême. Le Freischütz, par son sujet fantastique, agit tout particulièrement sur mon imagination. La peur des revenants devint le facteur important dans le développement de ma vie affective. Dès ma plus tendre enfance.

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