FRANCFORT, WIESBADEN
J’avais le ferme espoir de trouver à Wiesbaden les étoiles de notre futur opéra. On m’y avait signalé une bonne troupe prête à se disperser. Mais ce ne fut pas sans peine que j’arrivai à me procurer la petite somme nécessaire à ce court voyage. J’eus la chance d’assister à une répétition de Robert le Diable, dans laquelle brilla le ténor Freimüller. J’allai immédiatement le voir, et le trouvai disposé à accepter mes propositions pour Magdebourg. X
Poussé par la nécessité, je me hâtai, après m’être entendu avec lui, de rentrer à mon asile de Francfort, à l’hôtel « Zum Weidenbusch ». J’y passai une semaine fort pénible, car j’attendis vainement, pour pouvoir continuer mon voyage, les fonds réclamés à Magdebourg. Afin de tuer le temps, je pris dans mon portemanteau un grand portefeuille rouge que j’emportais toujours avec moi, et j’y inscrivis, pour ma future biographie, des notes très exactement datées, celles-là mêmes que j’ai sous les yeux et qui ravivent mes souvenirs. J’ai continué ces notes sans interruption dans les différentes périodes de mon existence.
Ma situation, que la négligence de la direction de Magdebourg rendait extrêmement précaire, devint encore plus embarrassée lorsque, à la suite d’une « acquisition » faite à Francfort, je me trouvai plus heureux que mes moyens ne me le permettaient. J’avais assisté à une représentation de la Flûte enchantée, dirigée par le maître de chapelle Guhr, qui avait la réputation d’être un génie dans son art. L’excellente troupe d’opéra m’avait fort agréablement surpris. Naturellement il n’était pas ques-