INFLUENCE DE L’ÉCOLE
enivrant. Si, avec mes camarades, je m’efforçais d’imiter les représentations du Freischütz en fabriquant avec zèle des costumes et en peignant des masques grotesques, je ressentais vivement aussi le charme subtil qui se dégageait des objets de toilette que mes soeurs se confectionnaient souvent de leurs mains à la maison. J’éprouvais des battements de cœur rien qu’à les toucher. Bien que dans notre famille nous ne fussions point, je l’ai déjà dit, accoutumés aux marques de tendresse, l’entourage tout féminin dans lequel je me trouvais influençait puissamment mon être sensitif. Et précisément peut-être parce que cet entourage était d’ordinaire agité et même violent, les attributs de la femme, en tant qu’ils se rattachent au monde fantastique de la scène, exerçaient sur moi un charme irrésistible et alanguissant.
L’intensité de ces sensations qui, tour à tour, jetaient l’effroi en moi ou l’attendrissement, était heureusement atténuée par l’influence sérieuse et bienfaisante de l’école, et le contact de mes maîtres et de mes condisciples. Au lycée aussi, je m’intéressais aux choses d’imagination. Je ne sais si j’avais une bonne tête pour les études ; je crois que je comprenais et retenais facilement ce qui me plaisait, tandis que j’essayais à peine de m’appliquer à ce qui se trouvait en dehors de mon cercle d’idées. Cette disposition se manifesta surtout pour le calcul et plus tard pour les mathématiques. Dans ces deux branches, je ne réussissais même pas à me concentrer un instant sur les problèmes qu’on nous donnait à résoudre. Les langues anciennes non plus n’excitaient guère ma curiosité ; je n’y consacrais que juste l’attention nécessaire à