‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 164 sur 285 · EURYANTHE · texte numérisé non relu

EURYANTHE

solation en Minna, à cause de laquelle, en somme, je me trouvais en si fâcheuse posture.

L'ami Abraham vint nous rejoindre de Kônigsberg. Il avait travaillé pour moi en mettant en jeu toutes sortes d’inventions singulières, évidemment destinées à brouiller le directeur et le chef d’orchestre. Et en effet, ayant eu une querelle nocturne au cabaret avec Hübsch, Schubert se déclara malade et dans l'impossibilité de diriger une répétition d’Euryanthe, ce qui obligea le directeur à m’appeler bien vite au pupitre de maître de chapelle. C’était ce que désirait mon rival : sachant que je n’étais pas préparé à diriger cet opéra, joué rarement et très difficile, il espérait que, par quelque maladresse, je donnerais prise sur moi. Or, quoique n’ayant encore jamais eu la partition d 'Euryanthe sous les yeux, je réalisai si peu l’espoir mauvais de Schubert que celui-ci jugea préférable de se trouver guéri pour la représentation et de la diriger lui-même. Il ne l’aurait certainement pas fait si, par mon incapacité, on n’avait pu jouer la pièce.

Dans cet état misérable, souffrant du rude climat qui me faisait frissonner, même les soirs d’été, luttant contre les difficultés pécuniaires les plus pénibles, je passai là un temps absolument perdu pour mon développement artistique. De retour à Kônigsberg, et grâce à la protection de l’ami Mœller, la question de mon avenir se posa plus sérieusement.

On venait de nous faire de Dantzig des offres assez avantageuses, à Minna et à moi, par l’entremise de mon beau-frère Wolfram et de ma sœur, qui s’étaient adressés à ce théâtre. Notre ami se servit de cette occasion pour

Page 1