ORIGINE DE M 1 N N A
persuader au directeur Hübsch, qui tenait à conserver Minna, de nous proposer un contrat honorable par lequel, à partir de Pâques de l’année suivante, j’obtenais sûrement la place de chef d’orchestre à son théâtre. De plus, on nous assurait le bénéfice d’une représentation pour laquelle je choisis la Muette de Portici , que je devais diriger moi-même. C’était le cadeau de noce que nous offrait le théâtre, car Mœller avait décidé qu’il nous fallait nous marier. Cela ne pouvait plus continuer ainsi. Minna ne s’y opposait pas, et moi, par tous mes efforts et toutes mes résolutions, j’avais bien prouvé que je n’aspirais qu’à entrer au port du repos. Malgré cela, mon for intérieur présentait à cette époque un aspect singulier ; je connaissais assez la vie et le caractère de Minna pour pouvoir me rendre clairement compte de la divergence de nos natures, si j’avais eu alors la maturité d’esprit suffisante pour porter un pareil jugement.
Celle que j’allais donc épouser sortait d’une pauvre famille originaire d’Œderan, dans l’Erzgebirge saxon Son père, homme singulier, de grande vitalité, donna plus tard des signes manifestes de dérangement cérébral. Dans sa jeunesse, il avait été trompette d’état-major. C’est en cette qualité qu’il avait pris part à la campagne de France et assisté à la bataille de Wagram. Puis il s’était livré aux travaux de mécanicien et fabriqua des cardes à laine avec lesquelles il fit d’assez bonnes affaires pendant un certain temps, car il y avait inventé un perfectionnement. Une certaine année, il reçut d’un grand industriel de Cliemnitz une forte commande livrable pour le nouvel an : ses enfants, dont les petits doigts étaient