JEUNESSE DE MINNA
particulièrement adroits, furent obligés d’aider jour et nuit le père dans son métier. Il les encourageait en leur promettant des étrennes exceptionnelles, car il comptait sur un gros bénéfice. Mais l’époque du règlement arrivée, on apprit la faillite du fabricant. Ce qu’on avait déjà livré de la marchandise était perdu et il était impossible d’écouler le reste. La famille ne se remit jamais de la secousse que lui donna ce malheur. Ils vinrent se fixer à Dresde dans l’espoir que le père y trouverait du travail ; il était bon mécanicien et connaissait bien la construction des pianos, dont il fabriquait quelques parties. Il emporta à Dresde ses provisions du mince fil de fer qu’il employait aux cardes, et essaya de les vendre aussi avantageusement que possible.
Minna, alors une fillette de dix ans, fut chargée d’aller offrir ce fil de fer aux modistes pour la fabrication des fleurs artificielles. Elle se mit en route avec une lourde corbeille et fut si adroite dans l’art de persuader les acheteuses qu’elle eut bientôt écoulé tout le stock. Dès ce moment, elle éprouva le désir d’aider par son travail sa famille qui devenait de plus en plus besogneuse, et de se rendre indépendante pour ne plus être à charge à ses parents. En grandissant, elle devint une véritable beauté qui attira de bonne heure le regard des hommes. Un monsieur d’Einsiedel, qui s’était violemment épris de cette enfant inexpérimentée, réussit à la séduire. Le malheur entra dans la famille. Mais seules, la mère et la sœur apprirent l’affreuse position de Minna. Le père, dont on craignait la violence, ignora toujours que sa fille, à peine âgée de dix-sept ans, était devenue mère.