‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 167 sur 285 · CARACTÈRE DE MINNA · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE MINNA

N'ayant aucun moyen de faire valoir ses droits visà-vis de son séducteur et d’en obtenir du soutien, Minna sentit alors doublement la nécessité de quitter la maison paternelle et d’assurer son indépendance.

Des connaissances l’avaient fait entrer dans la troupe d’une société théâtrale. A l’une des représentations, elle fut remarquée par les comédiens de la cour et surtout par le directeur du théâtre de Dessau. Celui-ci lui offrit immédiatement un engagement.

Ce fut avec bonheur qu’elle accepta ce moyen de sortir de sa pénurie; elle espérait peut-être en même temps arriver par la scène à une bonne situation qui lui permettrait de secourir largement sa famille. Sans le moindre engouement pour la comédie, dépourvue de frivolité et de coquetterie, elle ne vit vraiment dans cette profession que la possibilité d’obtenir rapidement une position avantageuse, sinon brillante. Aucune étude ne l’avait préparée à comprendre l’art théâtral et elle n’y voyait qu’une société d’acteurs. Plaire ou ne pas plaire lui était d’importance égale, pourvu qu’elle arrivât à l’indépendance materielle ; aussi employait-elle tous les moyens de se 1 assurer, de même que le marchand expose dans sa devanture des échantillons tentants de toutes ses marchandises. S attirer l’amitié du directeur, du régisseur, des membres les plus influents de la troupe lui semblait d une sagesse élémentaire ; les habitués qui, par leurs critiques ou leur sympathie, dirigeaient l’opinion du public et par là le directeur, étaient pour elle des êtres dont dépendait l’accomplissement de ses plus chers désirs.

Il lui parut d’autant plus naturel de ne pas s’en faire

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