SA POSITION AU THÉÂTRE
d’ennemis, qu’elle n’était retenue, pour gagner leurs bonnes grâces, par aucun sentiment de dignité personnelle. Elle s’était formé une sorte de sagesse spéciale : d’un côté, elle évitait de donner lieu à de mauvaises appréciations, mais de l’autre, elle ne craignait pas de se faire remarquer, lorsqu’elle croyait ne pas mal agir. Il en était résulté dans sa conduite un mélange de contradictions dont elle ne voyait pas le côté fâcheux. Il est certain que la véritable délicatesse d’âme lui faisait défaut ; elle la remplaçait par une sorte de sentiment des convenances qui était pour elle le bon ton , et elle ne comprenait pas que celui-ci n’eût aucune valeur dès que le tact faisait défaut. Manquant totalement d’idéalisme, elle n’avait aucun sens artistique, ni aucun talent pour la scène. Elle plaisait par la grâce de sa personne. Je ne sais si, avec le temps, la routine eût fait d’elle une bonne comédienne.
La puissance singulière qu’elle exerçait sur moi ne provenait donc en aucune façon des charmes d’une nature idéale, charmes qui, d’ordinaire, agissaient fortement sur moi ; bien au contraire, cette puissance avait sa source dans la simplicité et la tranquillité du caractère de Minna. Son calme naturel m’offrait un appui nécessaire lorsque, dans le décousu de mes pensées, j’errais à la recherche de mon idéal. Je m’étais accoutumé très tôt à ne pas lui faire part de mes rêveries ; elles étaient du reste si vagues encore que je ne m’y arrêtais pas moi-même. Je ne me montrais que plus sensible aux inquiétudes que me faisait éprouver une femme à laquelle j’avais cru devoir, dès l’abord, décerner une supériorité qui