‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 169 sur 285 · SCÈNES AVEC MINNA · texte numérisé non relu

SCÈNES AVEC MINNA

m’était bienfaisante. La singulière tolérance qu’elle montrait pour certaines privautés de la part de ceux qu’elle considérait comme les protecteurs du théâtre, me blessait au plus haut degré, et j’étais hors de moi quand, à mes reproches, elle prenait une mine sérieusement offensée. Le hasard me fit découvrir les lettres que Schwab avait écrites à Minna au cours d’une liaison que j'ignorais et dont je n’avais eu le premier soupçon qu’à Berlin ; j’appris ainsi des détails qui me stupéfièrent.

Toute la jalousie qui s’était accumulée en moi s’ajouta aux doutes que j’avais sur le caractère de la jeune fille et me fit prendre la prompte résolution de l’abandonner. Il y eut entre nous une scène violente et passionnée qui devint le prototype de toutes celles qui se succédèrent dans la suite. J’étais allé trop loin, évidemment, en traitant, comme si j’avais des droits sur elle, une femme que ne liait à moi aucun amour passionné et qui s’était contentée de répondre avec bienveillance à mes avances. Pour me plonger dans le plus grand trouble, il suffit à Minna de faire allusion aux offres avantageuses, dans le sens bourgeois du mot, qu’elle avait refusées afin de pouvoir répondre avec tendresse et dévouement à la fougue du jeune homme sans fortune, sans position et qui n’avait pas encore donné au monde des preuves de son talent. Mais ce qui me nuisit le plus, c’est l’âpreté de mes paroles ; je l’offensai, je l’outrageai si profondément, qu’il ne me resta plus, lorsque je m’aperçus de mon exagération, qu’à avouer mes torts et à lui demander pardon. Notre bonne entente fut rompue dès cette première dispute et la répétition fréquente de scènes

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