ESSAIS POÉTIQUES
avait sans doute été suggéré par la légende que raconte Pausanias, et d’après laquelle, étant descendues du Parnasse pour défendre les Grecs contre l’invasion des Gaulois, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, les Muses avaient provoqué une panique parmi les ennemis. Je commençai vraiment un poème en hexamètres, mais je n’arrivai pas au delà du premier chant. Mes études n’étant pas assez avancées pour me permettre de lire les tragédies grecques dans l’original, j’étudiai les ingénieuses imitations qu’en a faites Auguste Apel, entre autres son fameux Polyides et ses Etoliens. L’envie me prit d’écrire moi-même une tragédie sur un modèle grec, d’après les règles et les formes préconisées par Apel. Je choisis pour motif la mort d’Ulysse, selon une fable d’Hygin : le héros y est assommé par le fils qu’il eut de Calypso. Mais cet essai aussi en resta à ses débuts. Mon esprit demeurait donc rebelle aux études classiques proprement dites. Je n’étais attiré que par la mythologie, la légende et l’histoire.
Dans mes rapports avec mes camarades, je me montrais plein de vie et disposé aux équipées aventureuses. J’éprouvais constamment une amitié passionnée pour l’un ou pour l’autre de mes condisciples, et la durée de mon affection dépendait en général de la part que prenait l’ami du moment à mes marottes. Tantôt je faisais des vers, tantôt j’organisais des représentations théâtrales, d’autres fois je me laissais aller à mon goût pour le vagabondage et les niches.
Sur ces entrefaites, au moment où j’atteignais ma treizième année, il se produisit un grand changement dans