‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 19 sur 285 · LA FAMILLE BOEHME · texte numérisé non relu

LA FAMILLE BOEHME

notre famille. Ma sœur Rosalie, qui en était devenue la cheville ouvrière, contracta un engagement avantageux au théâtre de Prague, de sorte qu’en 1826, ma mère et mes sœurs, vendant tout leur ménage, allèrent demeurer avec elle dans cette ville. Moi seul je restai à Dresde, afin de continuer sans interruption mes classes jusqu’à mon entrée à l’Université. On me mit en pension dans une famille Boehme que je connaissais bien, car le fils était un de mes amis d’école. Les débuts de ce qu’on appelle l’âge ingrat coïncidèrent chez moi avec mon entrée dans cette famille remuante, assez nécessiteuse, et, somme toute, mal choisie pour un garçon de ma trempe. Je perdis bientôt l’habitude du travail tranquille ; la politesse et la douceur relatives que je devais à l’ascendant de mes sœurs disparurent peu à peu.

Je devins turbulent, querelleur et bruyant. D’un autre côté, pourtant, l’élément féminin prit sur moi un empire que j’ignorais. Des filles déjà grandes et leurs amies remplissaient souvent ce logis étroit et mesquin.

C’est vers cette époque que je fus amoureux pour la première fois. Une jeune fille très belle et fort bien élevée qui, si je ne me trompe, se nommait Amélie Hoffmann, venait nous voir quelquefois le dimanche. Lorsqu’elle entrait dans la chambre, en toilette soignée, je demeurais toujours, un long moment, muet d’admiration.

Je me souviens d’avoir mainte fois simulé un sommeil irrésistible afin d’obliger les jeunes filles à me soutenir jusque dans ma chambre, car, en semblable rencontre fortuite, je m’étais aperçu avec surprise et émotion du trouble délicieux où me jetait le contact de leur corps.

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