OTTILIE ET HERMANN BROCKHAUS A DRESDE
cette époque un agréable pavillon d’été dans le « Grand Jardin », près de Dresde. Dès mon arrivée en cette ville, j’avais été les voir, mais ma situation étant encore incertaine, je ne leur en avais pas parlé et j’étais retourné rarement chez eux.
A présent, le besoin de sympathie triompha de ma fierté et je leur révélai mon malheur dans toute son étendue.
Pour la première fois, je compris la grande puissance des liens du sang, et je sentis le bien que me faisait la confiance absolue et sans réserve que je pouvais leur témoigner. Je n’avais pas besoin de donner de longues explications. Nous étions le frère et la sœur, les mêmes qui, à l’âge le plus tendre, avaient vécu dans une complète intimité. Tout se comprenait de soi-même. J’étais malheureux, elle était heureuse ; la consolation et l’aide venaient d’elles-mêmes.
C’était cette sœur qui, jadis, pendant les éclairs et le tonnerre, avait écouté la lecture de mon Leubald et Adélaïde; c’était elle aussi qui était venue assister, pleine d’étonnement et de pitié, à la fameuse exécution de ma première ouverture. Je la retrouvai mariée à Hermann Brockhaus, frère cadet de mon autre beau-frère Frédéric Brockhaus, homme des plus aimables en même temps que savant orientaliste devenu bientôt célèbre. Ils avaient deux enfants déjà; une jolie fortune leur assurait une vie exempte de soucis, et lorsque je me rendais à pied de ma triste solitude de Blasewitz au « Grand Jardin », ainsi que je le fis dès lors journellement, il me semblait qu’en arrivant dans ce pavillon, où je trouvais toujours