ACTIVITÉ THÉÂTRALE 1S3S
dant était, à coup sûr, le deuxième chef d’orchestre du théâtre, le brave Frantz Lœbmann, musicien peu doué, mais homme fort estimable.
Je ne cultivais guère de relations dans d’autres cercles, et j’obéissais à la tendance principale de mon caractère qui s’accentua toujours davantage ; de sorte qu’au bout de deux ans, je partis de Riga tout aussi indifférent et étranger que je l’avais été en quittant autrefois Magdebourg et Kënigsberg. Ce départ fut rendu amer par une suite d’expériences fâcheuses qui me donnèrent l’ardent désir de rompre définitivement avec l’espèce de gens que j’avais rencontrés sur la scène de ma vie en essayant de me créer une position au théâtre.
Je ne me rendis compte de tout cela que peu à peu. Au commencement, la satisfaction d’avoir recouvré mon bonheur conjugal, si précocement troublé, agit d’une façon avantageuse sur mon activité artistique. La sécurité matérielle de notre entreprise théâtrale me donnait aussi de la tranquillité et j’obtins quelques résultats vraiment remarquables au point de vue de l’art. Le théâtre lui-même était de dimensions très réduites. On ne pouvait songer à déployer grand luxe de décors sur sa scène minuscule, pas plus qu’il ne pouvait être question de réunir un orchestre grand style dans la place exiguë réservée aux musiciens. Nous étions donc resserrés des deux côtés dans les bornes les plus étroites. Malgré cela, je parvins à fourrer peu à peu des musiciens de renfort en nombre dans cet espace, calculé seulement pour deux premiers violons et deux seconds, deux altos et une contre-basse, formant le quatuor d’instruments à
IRRITATION DE HOLTEI
cordes. Ce furent ces efforts, couronnés de succès, qui provoquèrent Tirritation de Holtei.
Nous eûmes bientôt un bon ensemble d’opéra. Je fus particulièrement stimulé par l’étude réussie de l’opéra de Méhul, Joseph vendu par ses frères. Le style noble et simple de cette musique émouvante influença favorablement mon goût musical, alors gâté de façon extraordinaire par la pratique du théâtre. Je fus heureux de sentir mes anciennes tendances sérieuses se réveiller en moi à l’audition de la comédie classique et je me souviens principalement d’une très bonne représentation du Roi Lear dont j’avais même suivi toutes les répétitions avec grand intérêt.
Ces impressions d’un ordre élevé n’eurent cependant pour résultat immédiat que de me rendre de plus en plus malheureux dans l’exercice de mes fonctions. D’un côté, les acteurs me devenaient toujours plus antipathiques, et de l’autre, les tendances artistiques de la direction me causaient un dépit croissant. Je fis alors, en ce qui concerne le personnel du théâtre, les expériences les plus pénibles sur le vide, la vanité et l’impudent égoïsme de cette classe de gens ignorants et déréglés.
A Magdebourg déjà, j’avais perdu le goût des relations peu choisies ; à Riga, il ne se trouva bientôt presque plus de membres de notre opéra avec qui je ne fusse brouillé pour l’une ou l’autre cause dérivant de leur caractère. Ce qu’il y avait de plus triste, c’est que dans ces luttes, où je n’étais poussé en vérité que par mon zèle pour la réussite de notre ensemble, je n’étais jamais secondé par le directeur Holtei. Bien au contraire, je m’attirai ainsi