‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 197 sur 285 · A MITAU · texte numérisé non relu

A MITAU

son mécontentement. Il se crut bientôt obligé de me déclarer qu’à son avis notre théâtre prenait un caractère beaucoup trop sérieux, et il tâcha de me faire comprendre que de bonnes productions ne s’obtiennent qu’avec des acteurs un peu « libertins ». De même qu’il jugeait que vouloir conserver sa dignité au théâtre était l’affaire d’un sot pédant, de même il prétendait que le vaudeville seul, mi-frivole et mi-émouvant, valait la peine d’être joué. Il détestait le grand opéra et surtout les grands ensembles en musique ; mes exigences à ce sujet n’obtenaient que son ironie et de perfides fins de non recevoir. J’allais bientôt comprendre avec effroi le singulier rapport qu’il y avait entre ses tendances artistiques et ses penchants dans le domaine des mœurs. Pour le moment, je me sentais suffisamment révolté par ses déclarations d’aversion pour le genre sérieux, et je me laissai aller à ma répulsion croissante contre toute la gent théâtrale.

J’eus cependant encore du plaisir à plusieurs bonnes représentations données au grand théâtre de Mit au, où notre troupe se rendit pour quelques semaines au commencement de l’été; mais, chose curieuse, ce fut précisément pendant ce séjour, durant lequel je m’occupai surtout à lire les romans de Bulwer, que je pris la résolution intime de briser définitivement la chaîne qui me liait à la scène. Jusqu’alors, il ne m’avait pas été possible de me décider irrévocablement.

Rienzi , dont j’avais achevé la composition dans les premiers temps de mon arrivée à Riga, devait m’ouvrir les portes du monde grandiose que je rêvais. J’avais déjà

Page 1