MORT DE ROSALIE
C'est à cause de Rosalie que j'avais jadis renoncé à mes débauches de jeunesse, c'est pour obtenir son amour et son estime que j'avais consacré un zèle réfléchi à mes premiers grands travaux. Lorsque le souci de la vie s'était emparé de moi et m avait chassé de la maison paternelle, c'est elle qui avait lu dans mon cœur troublé et prononcé cet adieu plein de pressentiments à mon départ de Leipzig. A 1 époque de ma disparition, quand la nouvelle de mon mariage et de ma triste mésaventure domestique parvint à ma famille, elle seule ne perdit jamais confiance en moi, et, comme me l'a raconté ma mère plus tard, conserva toujours l’espoir que j’arriverais encore au pur développement de ma nature et de mes facultés.
A la nouvelle de son décès, la signification de son adieu m'apparut avec une clarté soudaine. Mais je ne compris léellement toute la valeur de nos relations et 1 influence de cette noble sœur sur moi que bien plus tard, lorsque, après mes premiers grands succès, ma mère regrettait en pleurant que Rosalie ne fût plus là pour en jouir.
Je fus bien heureux de rentrer en relations avec ma famille. Ma mère et mes sœurs avaient de leur côté appris mes vicissitudes; mais les lettres qu'elles m'écrivaient ne renfermaient aucun reproche sur ma conduite volontaire, et en apparence peu affectueuse. Au contraire, elles n exprimaient que de la sympathie et une cordiale inquiétude. Elles avaient aussi reçu des renseignements favorables sur ma femme, ce qui me fut particulièrement agréable, car ainsi je pus m'épargner la pénible besogne d'excuser sa vilaine conduite envers moi. Après cette