‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 205 sur 285 · DÉPART DE M IT A U · texte numérisé non relu

DÉPART DE M IT A U

plaignis à lui de ma position difficile et des empêchements qui se mettaient en travers de mon voyage à Paris. Il me conseilla alors de garder tout bonnement mes épargnes pour notre voyage et de n'indemniser mes créanciers que lorsque mes succès à Paris m'en auraient donné les moyens. Pour rendre ce projet possible, il nous offrit de nous faire passer la frontière dans sa voiture particulière et de nous conduire jusqu'à un port de mer de la Prusse orientale. Ce passage de la frontière russo-prussienne, nous devions l'effectuer sans passeports, car nos créanciers avaient mis la main sur les nôtres. Mœller nous dépeignit ce dessein, très risqué, comme la chose la plus facile du monde. Tout près de la frontière, sur territoire prussien, se trouvait la propriété d'un de ses amis et celui-ci nous donnerait certainement le coup de main nécessaire.

Mon désir ardent de sortir à tout prix de ma situation actuelle afin d'arriver le plus rapidement possible à la vaste arène de mes souhaits ambitieux, m'aveugla sur tous les dangers que nous courions à exécuter ce plan. Le directeur Hoffmann, qui se sentait des devoirs envers moi, me facilita le départ en l’autorisant quelques mois avant l'expiration de mon contrat.

Donc, au mois de juin, lorsque j'eus encore dirigé les représentations de la saison à Mitau, nous entreprîmes dans le plus grand secret, et de Mitau précisément, sous la protection de Mœller et dans sa berline, ce voyage dont nous ne devions atteindre le but, Paris, qu'après avoir enduré les pires tribulations.

Le sentiment de bien-être que me donna le trajet en voiture à travers la plantureuse Courlande, pendant le

Page 1