‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 206 sur 285 · LE CHIEN ROBBER · texte numérisé non relu

LE CHIEN ROBBER

riche mois de juin, et qu'augmentait la pensée d'avoir abandonné une carrière détestée pour me diriger vers de nouveaux horizons, fut troublé, dès le début, par les ennuis que nous causa notre chien Robber, un grand terre-neuve que nous emmenions avec nous. Ce très bel animal, qui avait appartenu à un marchand de Riga, manifestait pour moi un attachement contraire à sa race. Pendant le séjour assez long que j’avais fait à Mitau, Robber, laissé à Riga, n’avait pas cessé d’assiéger notre logis resté vide, et cet attachement du chien avait tellement ému le propriétaire et les voisins, qu’ils me l’avaient expédié par l’entremise du conducteur de la diligence. Je l’accueillis avec une véritable émotion et me jurai de ne plus l’éloigner de ma personne désormais. Coûte que coûte, cet énorme animal devait donc nous accompagner à Paris. Mais le fourrer dans la voiture paraissait impossible. En route, j’essayai sans succès de tous les moyens pour lui trouver une place, et ce fut une torture pour moi de voir le pauvre chien à la lourde fourrure septentrionale trotter toute la journée derrière la voiture par une chaleur torride.

Enfin, ne pouvant plus supporter ce spectacle atroce, j eus 1 idée ingénieuse de caser de force la bête épuisée dans la berline pleine. Nous arrivâmes ainsi à la frontière le soir du second jour. L’inquiétude de Mœller sur la façon dont nous allions la franchir nous fit comprendre quelle entreprise hasardeuse nous risquions là. Ainsi que c’était convenu, l’ami prussien de notre protecteur était venu à notre rencontre ; il nous prit dans sa petite voiture, Minna, moi et Robber, et nous conduisit par des che-

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