‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 208 sur 285 · EMBARQUEMENT A PILLAU · texte numérisé non relu

EMBARQUEMENT A PILLAU

douleurs internes, qu'il me fallut la traîner, à demi paralysée, jusqu'au logis de fermiers malpropres et bougons, chez lesquels nous demeurâmes une nuit, pénible entre toutes. Heureusement le départ du bateau avait été retardé de quelques jours. Minna eut donc le temps de se remettre un peu.

Mais une nouvelle difficulté se présenta à l’embarquement. Le capitaine nous prenant à son bord sans que nous eussions de papiers, il s'agissait de gagner son bateau subrepticement.

Il nous fallut donc, avant l'aube, filer inaperçus devant le garde-port, puis, arrivés au voilier, y hisser Robber à grand’peine et, sur le bateau même, nous dissimuler immédiatement dans la cale pour échapper aux inspecteurs en tournée. Enfin, on leva l'ancre et, pendant que la terre disparaissait peu à peu à nos yeux, nous pûmes respirer avec soulagement.

Nous nous trouvions sur un bateau marchand de la plus petite catégorie. Il avait nom Thétis et le buste de cette nymphe était sculpté à sa proue. L'équipage se composait de sept hommes, y compris le capitaine. On pensait qu'avec le beau temps, habituel en été, on atteindrait Londres en huit jours. Mais déjà, dans la mer Baltique, nous fûmes arrêtés par un calme plat. Je profitai de mes loisirs pour approfondir mes connaissances du français en étudiant le roman de George Sand : la Dernière Aldini. Au reste, le commerce des matelots nous procurait bien des distractions. Nous nous amusions surtout à observer un vieux loup de mer, taciturne et bizarre, nommé Koske, auquel notre brave Robber

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