‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 211 sur 285 · TEMPÊTE DANS LA MER DU NORD · texte numérisé non relu

TEMPÊTE DANS LA MER DU NORD

plateau de Tromsond augmenta encore le sentiment de terrible mélancolie que me causèrent ces landes marécageuses, sans arbres, sans buissons, à peine couvertes d'une maigre mousse et qui se confondaient à l'horizon avec un ciel brumeux de même couleur. Nous revînmes de cette excursion très tard dans la nuit, à la grande inquiétude de ma femme. Le lendemain matin, rassurés sur l'avarie insignifiante qu'avait notre bateau, nous reprîmes la mer. C'était le i* r août, par un vent favorable.

Après quatre jours de navigation tranquille, une violente brise du nord s'éleva, nous poussant avec une incroyable rapidité dans la bonne direction. Nous pensions être bientôt au terme de notre voyage, quand, le soir du 6 août, le vent tourna soudain et devint un ouragan qui ne cessa d'augmenter en impétuosité. Le mercredi 7, à deux heures et demie de l’après-midi, nous nous jugions perdus. Ce qui éveilla en moi l’horreur de la mort, ce ne fut pas la puissance terrible de la mer en furie lançant constamment le vaisseau à l'aventure, tantôt au fond d’un précipice, tantôt au sommet de hautes vagues à pic. Ce qui me fit trembler, ce fut le découragement des matelots, les regards mauvais et désespérés qu’ils nous jetaient en nous accusant dans leur superstition d’être cause du naufrage inévitable. Ne connaissant pas la raison futile du mystère de notre voyage, ces gens se figuraient que notre fuite avait un motif criminel. Le capitaine lui-même, au moment le plus critique, sembla regretter de nous avoir pris à bord. A ses yeux, il était évident que nous lui avions porté malheur pour cette

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