‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 212 sur 285 · LE PLUS GRAND DANGER · texte numérisé non relu

LE PLUS GRAND DANGER

traversée. D’ordinaire, et en été surtout, il la faisait rapidement et sans aucune difficulté. A l’heure que j’ai dite, un terrible orage vint encore se joindre à la tempête. Minna demanda ardemment au ciel de la frapper de la foudre plutôt que de la laisser s’enfoncer vivante dans cette affreuse immensité d’eau. Elle me supplia de l’attacher à moi par des linges afin que nous ne fussions pas séparés dans la mort. Nous passâmes toute une nuit dans ces angoisses, dont notre épuisement seul affaiblit l’intensité.

Le lendemain, cependant, la tempête cessa; le vent resta contraire, mais perdit de sa force. Le capitaine chercha vainement à reconnaître où nous étions. Il consultait pour s’orienter ses instruments astronomiques, mais le ciel toujours couvert le faisait gémir ; il eût donné beaucoup, disait-il, pour un seul rayon de soleil ou d’étoile, et ne dissimulait pas l’inquiétude qu’il éprouvait à ne pas arriver à déterminer le point où nous nous trouvions. Pour se consoler, il se mit à suivre un voilier qu’il apercevait à une distance de quelques milles. Il en observait attentivement la marche par son télescope. Soudain il bondit d’effroi et donna rapidement l’ordre de changer de cours. Il venait de constater que le voilier cinglait directement sur un banc de sable dont il ne pourrait plus se dégager. Le capitaine savait maintenant que nous étions à proximité des plus dangereux parages de la côte hollandaise, là où les bancs de sable s’avancent très loin dans la mer. Manœuvrant adroitement, il parvint à garder la direction contraire et à pointer vers l’Angleterre que nous aperçûmes enfin, le 9 août au soir, près de Southwould.

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