‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 214 sur 285 · ARRIVÉE A LONDRES · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A LONDRES

nant constamment à cause du brouillard, produisirent sur ma femme un effet alarmant. Sans relâche, elle les guettait et les signalait aux matelots. Aussi ne put-elle fermer l’œil, tandis que moi, rassuré par la proximité des secours, je m’abandonnai, malgré les vifs reproches de Minna, à un long sommeil réparateur.

Lorsque enfin nous eûmes jeté l’ancre dans la Tamise, Minna et tout l’équipage, cédant à la fatigue, dormirent profondément, tandis que moi, je me laissai aller à un sentiment de bien-être présomptueux. Je m’occupai de mes vêtements, je mis du linge frais, je me rasai sur le pont devant le grand mât; puis je contemplai avec intérêt l’animation croissante de la grande voie fluviale. Nous avions hâte de quitter notre voilier, qui nous était devenu aussi odieux qu’une prison, et lorsqu’il se fut remis lentement en marche pour remonter le fleuve, nous nous décidâmes, près de Gravesend, à prendre le bateau à vapeur pour arriver plus vite à Londres.

L’approche de la grande cité qu’annonçaient les embarcations toujours plus nombreuses sur le fleuve, les docks célèbres et autres constructions maritimes animant des rives de plus en plus peuplées, nous remplissait d’étonnement. Quand nous atteignîmes enfin le pont de Londres, centre de la vie colossale de cette ville mondiale incomparable et qu’après trois semaines de la plus affreuse traversée, nous posâmes le pied sur la terre ferme au milieu du tumulte de la foule affairée, nous fûmes saisis d’un vertige d’allégresse auquel contribua notre pas chancelant habitué au tangage du bateau. Robber aussi semblait avoir perdu la tête ; il courait

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