‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 215 sur 285 · LE BOARDING-HOUSE « KING’S ARMS · texte numérisé non relu

LE BOARDING-HOUSE « KING’S ARMS

comme un fou au tournant des rues, et à chaque instant nous le croyions perdu. Nous nous réfugiâmes tous les trois dans un fiacre, qui nous conduisit, sur la recommandation de notre capitaine, à une auberge de matelots près du Tower, la « Horseshoe-Tavern », et là, nous fîmes un plan de bataille pour vaincre la ville monstre.

Mais la société dans laquelle nous nous étions fourvoyés était telle que nous décidâmes de la quitter au plus vite. Un petit juif bossu de Hambourg s’occupa de nous avec bienveillance et nous indiqua un meilleur abri dans le West End. L’heure entière qu’il nous fallut pour y aller est demeurée très intéressante dans ma mémoire. Nous avions pris un de ces cabs, alors en usage à Londres. Horriblement étroits, ils n’étaient calculés que pour deux personnes assises l’une en face de l’autre. 11 nous fallut caser notre grand chien en travers de la voiture, ses extrémités débordant les portières des deux côtés. Ce que nous pûmes observer de ce singulier abri dépassa tout ce que nous nous étions imaginé jusqu’ici sur l’animation et l’étendue d’une grande ville.

Nous arrivâmes donc en belle humeur, rue Old Compton, devant le « boarding-house » qu’on nous avait désigné.

Écolier de douze ans, j’étais parvenu à faire en très peu de temps ce que je croyais être une traduction d’un monologue de Roméo et Juliette , mais cette étude de la langue anglaise ne me servit pas à grand’chose quand je voulus m’entendre avec la logeuse de cette pension, qui se nommait « King’s Arms ». Espérant pouvoir utiliser mon français, puisque cette dame était la veuve d’un capi-

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