VISITE A MEYERBEER
Pour le chercher, nous nous mîmes à parcourir la contrée, et, sans trop de difficultés, nous trouvâmes, sur la route de Paris, à une demi-lieue de Boulogne, chez un marchand de vin campagnard habitant une maison isolée, deux chambres presque vides qui firent notre affaire. Après que nous eûmes signé un bail très court, Minna déploya, pour rendre notre demeure agréable, une ingéniosité étonnante. Un lit, deux chaises et une table, que je débarrassais de mes papiers de Rienzi au moment de prendre nos repas, composaient tout notre mobilier. Quant à notre nourriture, nous la préparions nousmêmes dansr la cheminée. C'est de là que je fis ma première visite à Meyerbeer.
La complaisance et l'amabilité du grand compositeur étaient proverbiales. Je me rendis donc chez lui sans aucune appréhension et lui pardonnai, dès que je le vis, de ne pas avoir répondu à la lettre que je lui avais écrite antérieurement. Mon enchantement dépassa mes prévisions. Dès ma première visite, il me reçut amicalement, et cet accueil me fut d'autant plus agréable que Meyerbeer avait une physionomie des plus sympathiques. Le haut du visage surtout était très beau et l'âge n'avait pas encore empâté ses traits, ce qui arrive assez fréquemment chez les personnes de race juive. Je lui dis mon intention d'aller à Paris et de tâcher d'y réussir comme compositeur dramatique; il ne me découragea nullement. Il m'autorisa à lui lire le texte de mon Rienzi et l'écouta jusqu'à la lin du troisième acte avec une attention soutenue. Ensuite, il me pria de lui laisser les deux actes terminés de la composition musicale afin qu'il pût