‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 222 sur 285 · ARRIVÉE A PARIS (16 SEPTEMBRE 1839) 2S · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A PARIS (16 SEPTEMBRE 1839) 2S

pensé et les fameux boulevards surtout ne répondirent en rien à mon attente. J'étais furieux de devoir fouler pour la première fois le sol de Paris dans une affreuse petite rue, celle de la Jussienne, où s'était arrêtée notre monstre de diligence. La rue Richelieu, où se trouvait la librairie de mon beau-frère, ne m'en imposa guère non plus, comparée aux rues du West End de Londres. Et lorsque je dus regagner la chambre garnie, louée pour nous, dans la rue étroite de la Tonnellerie, qui relie la rue Saint-Honoré au marché des Innocents, je me sentis comme avili.

Une impression consolante vint heureusement atténuer mon découragement. Sur la façade de notre hôtel garni se trouvait un buste de Molière avec cette inscription : Maison où naquit Molière. Cela me parut de bon augure. Une chambre petite, mais agréable et bien meublée, d'un prix modeste, nous accueillit au quatrième étage. Des fenêtres, nous plongions dans la fourmilière prodigieuse des rues d'alentour et nous nous demandions avec effroi ce que nous étions venus chercher par là.

Avénarius, qui devait retourner à Leipzig pour y épouser ma sœur cadette Cécile et la ramener à Paris, me recommanda à la seule connaissance qu’il eût dans le monde musical. C'était un Allemand, E.-G. Anders, attaché à la Bibliothèque royale au département de la musique. Anders ne tarda pas à venir nous voir dans la maison natale de Molière et j'appris à connaître en lui un des rares hommes dont le souvenir, quoiqu'il ne pût m'être que très peu utile, est resté un des plus émouvants de ma vie.

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