INTIMITÉ AVEC ANDERS ET LEHRS
Mais Téditeur qui connaissait les nécessités du jeune savant en profitait pour s'occuper davantage de la réussite de son entreprise que des besoins de son pauvre collaborateur. De sorte que Lehrs avait constamment à lutter contre la plus grande misère, ce qui ne l'empêchait pas de conserver sa dignité et de donner un exemple rare de désintéressement et de dévouement envers les autres. Sans aucune notion musicale et sans porter grand intérêt à la musique, il ne vit d’abord en moi qu'un homme ayant besoin de conseils, puis bientôt un compagnon d'infortune dans la misère parisienne.
Nous devînmes si intimes qu'il accompagnait presque chaque soir Anders chez moi. Pour ce dernier, l'escorte de Lehrs était d'autant plus agréable qu'il se sentait peu sûr sur ses pieds et qu’il devait s’armer simultanément d'une canne et d'un parapluie pour marcher. Il avait toujours beaucoup d'inquiétude à traverser, surtout le soir, les rues animées. En arrivant chez nous, il faisait volontiers passer Lehrs le premier, afin de détourner l’attention de Robber, dont il avait une peur bleue. Il la montrait si ouvertement que l'excellent animal finit par devenir méfiant et lui manifesta la même aversion agressive qu'il avait eue contre le matelot Koske, à bord de la Thétis.
Lehrs et Anders demeuraient dans un hôtel garni de la rue de Seine et ils se plaignaient amèrement de leur hôtesse, qui faisait main basse sur tout ce qu'ils gagnaient. Ils se trouvaient absolument sous sa tutelle. Anders rêvait de s'émanciper et s'y prépara deux ans, sans y jamais parvenir. Il n'y eut bientôt plus entre nous le