DUMERSAN. — COMPOSITION DE ROMANCES
homme aussi occupé que le célèbre auteur n'aurait guère de temps à donner à un jeune compositeur totalement inconnu. En compensation, Anders me fit faire la connaissance d'un M. Dumersan, avec lequel il était lié. Ce dernier, à cheveux gris déjà, avait écrit une centaine de pièces pour de petits théâtres de vaudeville et il eût aimé, avant de mourir, se voir jouer sur une grande scène lyrique. Dépourvu de vanité d’auteur, il aurait volontiers accepté d'adapter en vers français un de mes opéras terminés. Nous lui offrîmes donc mon Liebesverbot, qui eût pu convenir au troisième théâtre lyrique, dit de la Renaissance. Ce théâtre était installé dans la salle Ventadour qui, après un incendie récent, avait été remise à neuf.
Dumersan mit en fort jolis vers français la traduction littérale des trois morceaux que je destinais à l'audition espérée. Au surplus, il me demanda d'écrire un chœur pour son vaudeville, la Descente de la Courtille, que l'on jouait aux Variétés pendant le carnaval.
Cette mission m'ouvrait une nouvelle perspective. Mes amis me conseillèrent d'écrire quelques petites mélodies que je pourrais offrir à des chanteurs connus pour leurs nombreux concerts. Lehrs et Anders me procurèrent des textes. Anders m'apporta un très innocent Dors, mon enfant , d'un jeune poète de ses amis, qui fut la première petite œuvre que je composai sur du français. Elle me réussit si bien que le soir, pendant que je l'essayais doucement au piano, ma femme me cria de son ht que cela vous endormait délicieusement. Je mis en outre en musique VAttente, des Orientales de Victor Hugo, et une