‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 227 sur 285 · GRAND AIR POUR LABLACHE · texte numérisé non relu

GRAND AIR POUR LABLACHE

romance de Ronsard, Mignonne. Je fis paraître plus tard (en 1841), dans le supplément musical du journal VEurope, publié par Lewald, ces bluettes dont je n'ai pas à rougir.

Alors, il me vint à l'idée d'écrire un grand air de basse avec chœur pour Lablache dans son rôle d'Oroviste, de la Norma. Lehrs dut aller à la recherche d'un réfugié italien qui pût en fournir le texte. Il le trouva et je menai à bonne fin, dans le style de Bellini, une composition à effet que j'ai encore parmi mes manuscrits. J'allai immédiatement l'offrir à Lablache. Un nègre aimable m'accueillit dans l’antichambre et voulut absolument me faire entrer chez son maître, sans même m'annoncer. Je m'étais figuré qu'il était très difficile d'être reçu par un tel personnage, et, m'attendant à être éconduit, j'avais exposé dans une lettre l'objet de ma demande : j'espérais me faire comprendre ainsi plus facilement que par une explication de vive voix. La familiarité du brave nègre me mit donc dans un embarras extrême. Je lui fourrai dans la main mon manuscrit et ma lettre, et, sans plus m'occuper de son étonnement ni de son insistance à m'introduire, je me hâtai de quitter la maison. Je comptais revenir chercher la réponse quelques jours plus tard. Lorsque je reparus, Lablache me reçut très aimablement ; il m'assura que mon air était écrit à la perfection, mais que malheureusement il était impossible de l'intercaler après coup dans l'opéra de Bellini, représenté si souvent déjà.

La rechute dont je m'étais rendu coupable en reprenant le style de Bellini fut donc inutile et l’infruc-

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