LES DEUX GRENADIERS
chanta avec expression Dors, mon enfant, mais ne sut pas qu'en faire non plus. Un M. Dupont, troisième ténor au Grand Opéra, après avoir essayé ma composition sur la poésie de Ronsard, me déclara que ce texte vieux français ne serait pas goûté du public parisien actuel. M. Géraldy, chanteur de concert très apprécié et professeur de chant, qui me permit plusieurs fois d'aller le voir, me dit, lorsque je lui offris mes Deux grenadiers, qu'il ne croyait pas possible de les chanter en public à cause de l'accompagnement final, qui rappelait la Marseillaise ; ce chant ne se faisant plus entendre qu’au bruit du canon et des fusillades dans les rues.
Habeneck fut le seul à remplir sa promesse et il fit exécuter, pour Anders et moi, mon ouverture de Christophe Colomb pendant une répétition de l'orchestre. Je considérai cet acte comme une encourageante gracieuseté du vieux musicien, car il ne pouvait être question d'introduire cette œuvre dans un des célèbres concerts du Conservatoire. Malheureusement, je dus me rendre compte que je ne retirerais aucun avantage de cet essai, car ma composition de jeunesse, écrite à la légère, n'avait réussi qu'à donner à l'orchestre l'opinion d’un talent très confus.
Cependant, j'éprouvai au cours de ces répétitions une émotion d'autant plus profonde qu’elle était inattendue. Je dois la considérer comme ayant eu une influence puissante sur la nouvelle phase de mon développement artistique. Ce fut à l'occasion de la Neuvième symphonie de Beethoven, exécutée par ce célèbre orchestre d'une façon si parfaite et si émouvante que cette exécution