‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 230 sur 285 · RETOUR A LA MUSIQUE SÉRIEUSE · texte numérisé non relu

RETOUR A LA MUSIQUE SÉRIEUSE

ne pouvait être que le résultat d'une longue étude. Je vis tout à coup devant mes yeux l’image que j’avais devinée dans mes rêves de jeunesse et que la misérable direction de Polenz avait effacée. Elle était maintenant claire comme le soleil et je pouvais la toucher de mes mains. Autrefois, je n’y avais aperçu que des constellations mystiques et des fantômes atones ; à présent les ondes d’une mélodie invincible, issues de sources innombrables, coulaient dans mon cœur avec une puissance sans nom.

La période décadente de mon goût, qui avait précisément commencé par le trouble où m’avait jeté l’exécution de l’œuvre de Beethoven et qui s’était malheureusement développée pendant mon insipide carrière de directeur de théâtre, prit fin dans la honte et le repentir.

Ce changement intime avait été préparé, en ces dernières années, par mes tristes expériences; mais mon esprit ne retrouva réellement sa force originelle que par l’indicible sensation ressentie au cours de cette exécution dont la perfection était chose absolument nouvelle pour moi. Je puis comparer cette émotion à celle que fit éprouver à l’adolescent de seize ans le Fidelio de Mme Schrôder-Devrient.

Et, dans ce moment où je voyais clairement la détresse de ma situation à Paris et l’impossibüité d’arriver au succès par la voie où je m’étais engagé, le premier résultat de cette audition fut d’éveiller en moi le désir violent de créer une œuvre qui me procurât une satisfaction intime absolue. J’esquissai donc une ouverture qui

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