‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 240 sur 285 · AUDITION POUR MONNAIS ET SCRIBE · texte numérisé non relu

AUDITION POUR MONNAIS ET SCRIBE

elle me frappa plus fort qu’un malheur ordinaire, car elle me révéla avec la rapidité de l’éclair la vanité de toutes mes expectatives. Mes amis se prononcèrent ouvertement sur Meyerbeer et ne se gênèrent pas pour dire qu’il était sans doute au courant de la situation de ce théâtre, auquel il ne m’avait adressé que pour me détourner du Grand Opéra. Je ne voulus pas creuser davantage les pensées qui se rattachaient à ce soupçon. J’avais bien assez d’amertume à me demander ce que j’allais faire de mon bel appartement.

Mes artistes ayant déjà bien étudié les morceaux de la Défense d'aimer destinés à l’audition, je résolus de les faire entendre au moins à quelques personnes influentes. Comme il ne s’agissait que d’assister à une simple audition dont il ne résulterait aucune conséquence, M. Edouard Monnais qui, après le départ de Duponcheï, dirigeait provisoirement le Grand Opéra, accepta volontiers mon invitation, d’autant plus que les chanteurs appartenaient à son institut. Je fis aussi ma visite à Scribe et le priai de venir écouter ces morceaux. Avec la plus grande amabiüté il me répondit affirmativement. J’arrangeai donc un jour mon audition pour ces deux messieurs dans le foyer des artistes du Grand Opéra et j’accompagnai moi-même au piano les trois airs choisis. Ils déclarèrent la musique « charmante » ! Scribe se dit prêt à m’arranger un texte dès que l’administration de l’Opéra m’aurait donné la commande de la musique. M. Monnais n’y fit pas d’objection, sauf que cette commande ne pourrait pas se faire de sitôt. Je vis bien qu’il ne s’agissait là que de phrases de politesse et je trouvai

Page 1