POSITION CRITIQUE
lire et dans lequel étaient décrits, d'une manière séductrice, le bonheur et le soulagement d'émigrés européens respirant librement après les tourments dont ils avaient eu à souffrir dans leur ancien pays. Mais Minna, plus pratique, me démontrait la nécessité de supporter la vie à Paris et songeait au moyen de faire le plus d'économies possible.
Cela ne m'empêchait pas toutefois d'élaborer le plan du texte de mon Vaisseau fantôme et je nourrissais toujours un peu l'espoir de me faire entendre quand même à Paris. Je condensai tout le sujet en un acte, réduisant ainsi l'action dramatique aux seuls personnages principaux, pour éviter d'employer un accessoire théâtral qui me répugnait. Au point de vue pratique, je croyais avoir plus de chance de placer une pièce en un acte. On en acceptait souvent comme lever de rideau avant les ballets du Grand Opéra. J'écrivis là-dessus à Meyerbeer, à Berlin, en lui demandant de s'employer en ma faveur.
En outre, je me remis à ma composition de Rienzi , à laquelle je travaillai sans interruption jusqu'à ce qu'elle fût complètement achevée. En attendant, notre position devenait de plus en plus critique. J'étais forcé de manger d'avance les subsides que m'avait procurés Laube et je perdis ainsi toute la sympathie de mon beau-frère Avénarius, qui comprenait de moins en moins notre établissement à Paris.
Un matin que nous étions en train de nous demander avec grand souci comment nous allions payer le premier trimestre de notre loyer, un facteur des Messageries s'annonça, m'apportant un colis adressé de Londres.