‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 243 sur 285 · RENVOI DE « RULE BRITANNIA · texte numérisé non relu

RENVOI DE « RULE BRITANNIA

Je crus que c’était un envoi du ciel et je brisai les cachets pendant que l’on me tendait le registre où je devais accuser réception, et où je vis que j’avais à payer sept francs de port. A mon cruel effroi, je reconnus en outre que le paquet contenait mon ouverture sur Rule Britannia , que la Société philharmonique de Londres me retournait. Furieux, je déclarai que je n’acceptais pas le colis. Le porteur, de son côté, se mit à réclamer vivement les sept francs que je devais payer puisque j’avais déjà ouvert le paquet. Mais rien ne lui servit ; je n’avais pas les sept francs. Je prétendis qu’il m’avait annoncé trop tard le prix du port et je le contraignis à remporter l’unique exemplaire de mon ouverture. J’en faisais ainsi cadeau à MM. Laffitte et Caillard, qui n’avaient qu’à en disposer à leur gré. Je ne sais ce qu’est devenu ce manuscrit et n’eus jamais la curiosité de l’apprendre.

Dans notre calamité, Kietz nous vint subitement en aide. Une vieille demoiselle Leplay, de Leipzig, très riche et fort avare, l’avait chargé de lui trouver un logis bon marché à Paris, où elle voulait venir pour quelque temps avec sa compagne de voyage, la propre belle-mère de Kietz. Sans être grand, notre appartement l’était pourtant trop pour nous et nous était devenu bientôt une charge pénible ; aussi n’eûmes-nous aucune hésitation à en sous-louer la meilleure partie à ces deux dames pour leur séjour, qui dura près de deux mois. De plus, ma femme se chargea de leur fournir le petit déjeuner, absolument comme dans un hôtel garni, et elle fut tout heureuse de pouvoir gagner les quelques sous que cela lui rappportait. Malgré l’importunité de ce voisinage de vieille fille

Page 1