‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 264 sur 285 · CHANGEMENT D’OPINION SUR PARIS · texte numérisé non relu

CHANGEMENT D’OPINION SUR PARIS

alors. Il me demandait donc de fréquentes correspondances de Paris. Pour le bien disposer et apprendre quelque chose sur les chances de mon opéra, il me fallait, chaque fois que je lui écrivais, ajouter une correspondance pour sa gazette. Ces négociations théâtrales tirant indéfiniment en longueur, je dus élaborer de nombreuses lettres parisiennes qui me mettaient dans un singulier embarras, car je vivais depuis longtemps retiré dans ma chambre à coucher et j'ignorais absolument ce qui se passait à Paris.

Mon éloignement de tout ce qui est apparence dans la vie artistique et sociale de Paris avait une origine grave. Il provenait de mes malheureuses expériences, mais aussi du dégoût que m'inspirait le mouvement artistique dont j’avais subi le charme autrefois et dont je cherchai désormais à éviter le contact. La représentation des Huguenots , à laquelle j'assistais pour la première fois, m'éblouit encore ; le bel orchestre, la mise en scène soignée et pleine d'effet me donnèrent un avant-goût significatif des moyens perfectionnés qu'on pouvait employer pour monter une pièce. Mais, chose curieuse, de telles représentations ne m'attiraient pas souvent ; je découvris très vite la caricature dans la façon des artistes et j amusais mes amis à contrefaire la manière parisienne de chanter et à leur montrer le manque de goût de son exagération. Il était inévitable que ma critique s attaquât aussi aux compositeurs qui exploitaient ces modes ridicules afin de s'assurer le succès.

Qu'une œuvre aussi plate et même aussi peu française que la Favorite de Donizetti pût garder per-

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