MA SŒUR LOUISE
n’ai absolument rien fait que des vers ; c’est là aussi que j’ai tracé l’esquisse de la gigantesque tragédie qui jeta plus tard ma famille dans la consternation. Cette indépendance prématurée avait amené chez moi un désordre complet d’habitudes, et ma mère, s’en étant aperçue, me permit sans difficulté d’aller à Leipzig, d’autant plus qu’une partie de notre famille dispersée s’y était déjà réunie. Mon désir d’habiter Leipzig avait son origine dans les sensations extraordinaires que j’y avais éprouvées et dans l’intérêt que m’inspirait la vie des étudiants (i). Mais depuis peu j’avais encore un autre motif d’y aller. Ma sœur Louise, qui avait alors vingtdeux ans et que je connaissais à peine, car elle nous avait quittés peu après la mort de mon beau-père pour entrer au théâtre de Breslau, venait d’accepter un engagement à Leipzig. En passant, elle s’était arrêtée quelques jours à Dresde et j’avais eu un plaisir infini à retrouver cette sœur inconnue. L’affection qu’elle me témoigna, son caractère vif et enjoué me firent penser qu’il serait délicieux d’habiter près d’elle, d’autant plus que ma mère et ma sœur Ottilie devaient la rejoindre aussi pour quelque temps. C’était la première fois qu’une de mes sœurs me montrait de la tendresse.
Je me crus donc au Paradis lorsque, à la Noël de cette même année (1827), je me retrouvai à Leipzig, où m’avait devancé ma mère avec Ottilie et Cécile, ma demi-sœur. Toutefois, à mon arrivée, il s’y était opéré un grand changement. Louise s’était fiancée à un homme riche et
(1) Dresde ne possède pas d’université.