MÉCONTENTEMENT DK MA FAMILLE
porte Leubald en lui se manifeste et grandit ; l’esprit du père, qui sans cesse s’interpose entre les deux amants, contribue puissamment à développer la démence du fils. Et cet esprit n’est pas le seul qui trouble les amours des deux infortunés : le spectre de Roderich apparaît aussi et, d’après la méthode de Shakespeare dans Richard III, avec lui, le spectre de tous les membres de la famille tués par Leubald. Afin de se soustraire aux incessantes importunités de ces revenants, Leubald a recours à la magie d’un misérable traître nommé Flamming. Une des sorcières de Macbeth est appelée pour bannir les esprits, mais elle ne réussit pas à les chasser, et Leubald, furieux, l’abat comme les autres. En expirant, la sorcière excite contre lui toute la meute des démons qui lui obéissent. Persécuté, fou de terreur, Leubald se tourne contre sa bienaimée, qu’il croit être cause de tout le mal. Dans le paroxysme de sa rage, il lui plonge un poignard dans le cœur; puis, calmé subitement, il tombe, la tête sur les genoux d’Adélaïde, et reçoit, en expirant, la dernière caresse de son amante, dont le sang ruisselle sur lui.
Je puis certifier que je n’avais rien négligé pour animer mon drame des situations les plus variées. Tout ce que je connaissais en fait de chevalerie, tout ce que j’avais retenu du Roi Lear et de Macbeth y avait passé. Un des principaux caractères de mon œuvre était la langue pathétique et burlesque que j’avais empruntée à Shakespeare. Mon oncle Adolphe fut tout particulièrement épouvanté de la hardiesse et de l’emphase de mes expressions ; il ne comprenait pas que j’eusse précisément choisi dans le Roi Lear et dans Goetz de Berlichingen ces tournures