CARL-M ARIE DE WEBER. - SASSAROLI
extravagantes en les exagérant encore. Mais, tandis que ma famille m'accablait de reproches et gémissait sur mon temps perdu et sur mon esprit faussé, j'avais une consolation secrète et vraiment singulière dans mon malheur. Je savais ce que tous ignoraient, c’est que mon œuvre ne pourrait être jugée à sa réelle valeur qu’après avoir été mise en musique, et cette musique j’étais décidé à la composer moi-même et à la faire exécuter.
Il faut que je dise maintenant où j'en étais au point de vue musical, et pour cela que je remonte très loin.
Dans ma famille, deux de mes sœurs étaient musiciennes : Rosalie, l’aînée, jouait médiocrement du piano; la seconde, Clara, était mieux douée. Elle possédait, avec un toucher expressif et un sentiment artistique prononcé, une voix étonnamment belle et pleine d'âme. Son développement musical fut si précoce et si remarquable, qu'élève du célèbre professeur de chant Mieksch, Clara débutait à seize ans dans le rôle de Cenerentola, de Rossini, comme prima donna du théâtre italien de Dresde. Soit dit en passant, ce développement prématuré fut nuisible à la voix de ma sœur, et la malheureuse en souffrit toute sa vie. La musique était donc représentée chez nous par mes deux sœurs. La profession de Clara amena chez nous, à diverses reprises, le maître de chapelle Cari-Marie de Weber, et ses visites alternaient avec celles de Sassaroli, le colossal ténor. Entre ces deux représentants de la musique allemande et de la musique italienne, se trouvait le professeur Mieksch. Enfant, je les entendis discuter sur ces deux musiques, et j'appris alors qu'il fallait se tourner vers l'italienne pour être en faveur à la cour.