‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 42 sur 285 · BEETHOVEN ET MOZART · texte numérisé non relu

BEETHOVEN ET MOZART

Une autre œuvre encore exerça bientôt un grand attrait sur moi : c’est l’ouverture en mi majeur de Fidelio, dont l’introduction surtout me plaisait. Je pris des renseignements sur Beethoven auprès de mes sœurs, et j’appris qu’il était mort depuis peu. Le chagrin que me causa le décès de ce compositeur, qui venait d'entrer dans mon existence d’une façon si vivante, se joignit à l’émotion extraordinairement douloureuse où m’avait plongé la mort de Weber, et j’en éprouvai un effroi qui n’était pas sans rapport avec le frisson que provoquait en moi la résonance des quintes de violon. Dès lors, je voulus connaître aussi Beethoven par ses œuvres. En arrivant à Leipzig, je trouvai sa musique d y Egmont sur le piano de ma sœur Louise ; je cherchai tout de suite à me procurer ses sonates. Enfin, j’entendis à la salle de concert de Leipzig une symphonie du maître, celle en la majeur , qui me produisit un effet indescriptible. Le portrait de Beethoven, rendu populaire par une lithographie fort répandue, vint renforcer cette impression ; j’appris sa surdité, la vie retirée qu’il avait menée, et je me formai de lui une image surhumaine à laquelle rien ne pouvait être comparé. Cette image et celle de Shakespeare se confondirent dans mon esprit ; je les retrouvais tous deux dans mes rêves extatiques, je les voyais, je leur parlais, et, au réveil, j’étais baigné de larmes.

C’est dans ce temps que j’entendis aussi le Requiem de Mozart, et cette audition fut le point de départ de mon enthousiasme pour ce maître que je me décidai, à cause de son second finale de Don Juan , à faire entrer également dans le monde de mes rêves.

De même que j’avais essayé d’écrire des vers, j’allais

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