TROUBLES A LEIPZIG
de la lutte entre les formes usées du passé et les espoirs nouveaux de T humanité.
La Saxe ne demeura pas tranquille non plus. A Dresde, il se livra dans les rues une véritable bataille, qui amena un changement immédiat de régime : le futur roi Frédéric fut institué régent du royaume et dut accorder une Constitution. Cet événement me jeta dans un tel état d'exaltation que je conçus le plan d'une Ouverture poli tique. L'introduction devait dépeindre la sombre oppression sous laquelle gémissait le peuple; elle était suivie d'un thème où, pour plus de clarté, j'écrivis les mots : Frédéric et Liberté . Ce thème se développait et s'élargissait avec ampleur jusqu'au triomphe final. Je me flattais de l'espoir d'assister au succès de mon œuvre dans un des concerts publics de Leipzig.
Mais avant que j'eusse réussi à exécuter mon projet de musique politique, il éclatait à Leipzig même des troubles qui m'entraînèrent du domaine de l'art dans celui des affaires publiques et civiques. Ces affaires se réduisaient à des démêlés entre les étudiants et la police. La police était l'ennemi odieux sur lequel s'exerçait l'esprit libertaire de la jeunesse. Dans une bagarre quelconque, les agents avaient arrêté quelques étudiants; il s'agissait de les délivrer. La jeunesse universitaire, en effervescence depuis un certain temps, se réunit un soir sur la place du Marché. Les corporations des « Compatriotes » se rassemblèrent et firent cercle autour de leurs « anciens »; Ce mouvement s'opéra avec une solennité qui produisit sur moi un effet extraordinaire. Puis, tout en chantant le Gaudeamus igitur ,