DÉBUTS DE MA VIE D’ÉTUDIANT
tivé. Il ne faisait pas partie des désespérés proprement dits; il assistait à leurs réunions en spectateur tranquille et contemplatif. On Faimait beaucoup et on le fréquentait volontiers. Je fis donc ma société de Schrœter, quoiqu’il fût plus âgé que moi. Il me fit connaître les ouvrages et les poésies de Heine et j’acquis aussi à l’imiter une certaine élégance de langage. Je subissais volontiers son influence aimable dans l’espoir que ma tenue y gagnerait. Je le voyais donc journellement, après midi, au « Rosenthal » ou chez « Kintschy ». Mais il était toujours en compagnie de ces remarquables géants qui m’inspiraient autant d’effroi que de sympathie. Ils appartenaient tous à des corporations de « compatriotes » qui vivaient sur un pied de guerre avec celle dont je faisais partie. Pour savoir ce que cela veut dire, il suffit de se rappeler le ton qui régnait alors parmi les étudiants. Rien que la vue des « couleurs » ennemies suffisait à mettre en fureur les êtres les plus pacifiques. Aussi longtemps qu’elles étaient à jeun, ces vieilles « barbes » éprouvaient, sans aucun doute, une douce satisfaction à voir, si confiant au milieu d’eux, paré des couleurs détestées, le freluquet de premier semestre que j’étais. Et mes couleurs, je les portais d’une façon toute spéciale. J’avais profité des derniers huit jours qui avaient précédé les vacances, pour acquérir une mirobolante casquette, richement brodée d’argent. Je l’avais vue à un nommé Müller quFdevint un important fonctionnaire de police à Dresde, et elle m’avait inspiré un tel désir de la porter moimême, que j’avais réussi à me la faire céder par l’étudiant à court d’argent pour rentrer chez lui. Malgré ma