PROVOCATION EN DUEL
casquette éclatante, j’étais, grâce à mon ami Schrœter, bien vu dans le clan des géants aussi longtemps que le « grog », la boisson favorite de ces éternels assoiffés, n’agissait pas encore. Mais quand ils avaient bu, je remarquais souvent des regards inquiétants et j’entendais des discours critiques. Longtemps, je ne les compris pas, car j’avais alors moi-même l’esprit troublé par la dangereuse boisson.
Dans de telles circonstances, les querelles étaient inévitables. Du moins ai-je la satisfaction de constater que le première fut provoquée par un sujet plus honorable que les railleries dont je m’apercevais à peine. Un jour que Schrœter et moi nous nous trouvions dans un cabaret où nous allions souvent, Degelow vint nous rejoindre. Dans un moment d’épanchement, il nous confia qu’il ressentait une inclination toute respectueuse pour une jeune et fort jolie actrice. Schrœter ayant émis des doutes sur le talent de l’artiste, Degelow répliqua qu’il n’y contredisait pas, mais qu’il considérait cette jeune personne comme la plus honnête de tout le théâtre. Aussitôt, je lui demandai, moi, s’il voulait dire par là que ma sœur fût moins honnête? D’après le code d’honneur des étudiants, Degelow ne pouvait me répondre qu’une chose : qu’il ne croyait certainement pas ma sœur moins honorable que son actrice, mais qu’il persistait à maintenir ce qu’il avait dit.
Sans hésitation, je lui lançai le défi avec la formule habituelle : « Vous êtes un jeune imbécile ! » Ma déclaration me parut ridicule à moi-même, adressée à ce vieux soudard d’étudiant. Je me souviens que Degelow