PASSION DU JEU
jours et trois nuits sans faiblir. Au début, je faisais la partie avec le désir de gagner les deux thalers que m'avait coûté le « Commers.» Ayant réussi, je me passionnai, dans l’espoir de payer toutes mes dettes par mes gains de jeu. Or, il en fut de mes projets de prompte fortune comme de mon idée d’apprendre l’harmonie en un rien de temps au moyen de la méthode Logier. Il y eut des retards et des retours auxquels je ne m’attendais pas, et mes gains ne furent guère rapides. Mais, au bout de trois mois, la fièvre du jeu m’avait empoigné au point de refouler en moi toute autre passion. On ne me vit plus ni au cabaret, ni à la salle d’armes, ni parmi les duellistes. Pendant la journée, je m’ingéniais à me procurer l’argent qu’il me fallait pour pouvoir passer la soirée et la nuit à jouer.
Bien qu’elle n’eût encore aucun soupçon de mes indignes débauches, ma mère usait de ses faibles moyens pour empêcher mes sorties nocturnes. Je quittais la maison à midi et je ne regagnais jamais ma chambre qu’à l’aube du jour suivant, après avoir escaladé le mur de la cour, car on me refusait la clef de la porte.
Le désespoir où me jetait ma malchance au jeu avait fait de ma passion une véritable folie. Insensible à tout ce qui m’avait charmé dans la vie d’étudiant, parfaitement indifférent à ce que pensaient de moi mes anciens camarades, fuyant les regards de tous, je descendais dans les tripots de bas étage où je rencontrais les plus débauchés des étudiants. Dans mon abrutissement, je supportais même le mépris de ma sœur Rosalie qui, ainsi que ma mère, daignait à peine accorder un regard