PHASE NOUVELLE DE L’EXISTENCE
lièvre était comme sacré. A mesure que ma chance augmentait, il me semblait sentir plus vivement à mes côtés Dieu ou son ange me conseillant et m'encourageant. A l'aube, je dus escalader le mur une dernière fois pour rentrer chez moi. Je tombai dans un sommeil profond dont je ne m’éveillai que très tard, fortifié et comme régénéré. Aucun sentiment de honte ne me retint d’aller raconter à ma mère l’événement de cette nuit décisive. En lui rendant son argent, je lui dis de mon plein gré que j’avais risqué ce qui lui appartenait. Elle joignit les mains et remercia Dieu de sa grâce ; puis elle exprima la certitude qu’elle me croyait sauvé et que je ne retomberais plus dans de pareils vices. Et, en vérité, dès ce jour, la tentation n'eut plus de prise sur moi. La société dans laquelle un vertige m'avait entraîné me parut soudain incompréhensible et sans attrait ; la fureur du jeu m'avait rendu insensible aux vanités habituelles des étudiants. Délivré de ces passions, je me trouvai tout à coup en face d’un monde nouveau, auquel j’allais appartenir désormais, grâce à l'ardeur dont je me sentis saisi tout à coup pour mes études musicales. J'entrais dans une phase nouvelle de mon existence, dans la phase des études sérieuses.
Je dois dire cependant que l’agitation de cette période troublée de ma vie n’avait pas arrêté complètement mon développement musical. La musique était même demeurée le seul domaine où se fît remarquer mon activité intellectuelle.
J’avais toutefois complètement perdu l'habitude du trayail; aussi ai-je aujourd’hui encore de la peine à