‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 69 sur 285 · OUVERTURE EN «SI BÉMOL MAJEUR» S · texte numérisé non relu

OUVERTURE EN «SI BÉMOL MAJEUR» S

comprendre comment, dans ce temps-là, j’ai pu trouver moyen de parachever un assez grand nombre de compositions. Je n’ai plus de souvenir précis d’une ouverture en ut majeur (6/8), ni d’une sonate à quatre mains en si bémol majeur . Je jouai pourtant celle-ci avec ma sœur ; et, comme elle nous plut à tous deux, je l’arrangeai pour orchestre. En revanche, je me rappelle très bien une ouverture en si bémol majeur , puisqu’elle fit date dans ma vie. Cette composition était née de la neuvième symphonie de Beethoven, à peu près comme Leubald et Adélaïde était résulté jadis de l’étude de Shakespeare. J’y avais développé surtout le caractère mystique que je donnais à l’orchestre et introduit trois éléments différents qui se combattaient mutuellement. J’avais songé à représenter aux yeux du lecteur le caractère de ces éléments en notant la partition d’une écriture en trois couleurs, et seul le défaut d’encre verte m’empêcha d’exécuter ce projet de coloriage. L’encre noire devait être réservée aux instruments en cuivre, les instruments à cordes auraient eu du rouge et les instruments à vent du vert. Je présentai cette partition bizarre à Henri Dorn, alors directeur de musique au théâtre de Leipzig. Très jeune encore et homme du monde plein d’esprit, il était déjà musicien expérimenté, fort estimé du public de Leipzig et de moi tout autant. Maintenant encore, je me demande ce qui le poussa à faire jouer cette ouverture. Plus tard, j’ai partagé l’avis de ceux qui connaissaient l’inclination de Dorn à la moquerie : il a voulu s’amuser sans doute. Lui a toujours prétendu avoir trouvé l’œuvre intéressante, et il disait que, si on l’avait

SS

Page 1