‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 70 sur 285 · NOËL 1S · texte numérisé non relu

NOËL 1S

fait passer pour une composition inédite de Beethoven, le public, quoique n'y comprenant rien, l'eût acceptée avec respect. C'était vers la fin de décembre de cette fatale année 1830. Comme il n'y avait pas de représentation théâtrale la veille de Noël, on organisait d'habitude, au profit des pauvres, un concert généralement peu fréquenté. Le premier numéro du programme portait ce titre, bien fait pour exciter la curiosité : Ouverture nouvelle. Rien de plus. Rempli d’anxiété et dissimulé dans un coin, j'avais assisté à la répétition générale.

Le sang-froid de Dom, en face du mouvement d’inquiétude que montrèrent les musiciens obligés d’exécuter cette composition énigmatique, m’avait produit la meilleure impression. Le thème principal de l'allegro était à quatre temps, mais, après chaque mesure, j'en avais intercalé un cinquième, tout à fait indépendant de la mélodie et qu'accentuait un coup de grosse caisse. Comme ce coup était passablement isolé, le musicien chargé du tampon croyait toujours se tromper et finit par ne plus lui donner la vigueur demandée par la partition, ce dont je n’étais pas mécontent dans ma cachette, car j'étais effrayé moi-même de mon invention. Je me sentis fort mal à l’aise quand Dorn exigea que ce timide coup de grosse caisse fût mis en relief avec la force prescrite. Après la répétition, je fis part au directeur de mon appréhension relativement à ce passage critique, mais sans parvenir à le convaincre de faire retentir moins violemment ce malheureux coup de tampon. Il persista, disant qu’il ferait un excellent effet. Malgré son assurance, j'étais fort tourmenté, et je n’eus le courage d’avouer à personne

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