NOUVELLES COMPOSITIONS
« noir », « rouge » et « vert », car ce coup de caisse néfaste, qui revenait avec une perfide brutalité, me remplit d’un trouble si grand que je ne pus plus me rendre compte de rien.
Le retour régulier et persistant de cet effet malencontreux attira bientôt l’attention du public, et l’excita à la gaieté. J’entendais mes voisins annoncer d’avance la répétition du coup de tampon, et moi, qui connaissais la justesse de leur calcul, je souffrais indescriptiblement.
Je perdis toute conscience de ce qui se passait dans la salle, et ne revins à moi qu’au moment où l’ouverture, comme un rêve incompréhensible, cessa brusquement. J’avais, bien entendu, méprisé toutes les formes banales d’un finale écrit selon les règles. Les impressions d’un conte d’Hoffmann sont pâles, comparées à l’état singulier où je me trouvai en constatant la stupéfaction du public qui venait d’entendre mon œuvre. Il n’y eut ni murmures, ni sifflets, ni critiques, ni même de rires, rien qu’un étonnement profond. L’audition de ma composition leur avait fait l’effet d’un songe d’une bizarrerie inouïe, à eux aussi bien qu’à moi. Le pire moment fut encore de quitter ma place, afin d’aller prendre ma sœur pour la ramener chez elle. Me lever, défiler devant les fauteuils, chercher la sortie, ce fut épouvantable. Et quel supplice encore de repasser sous les yeux de l’ouvreur ! Je n’oublierai jamais le regard singulier qu’il me lança. Longtemps, je ne mis plus les pieds au théâtre de Leipzig. Il me fallut donc aller prendre ma sœur qui, dans sa loge, avait souffert de mon échec par sympathie, et rentrer avec elle à la maison où nous attendait une fête de famille, dont la