‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 75 sur 285 · PROGRÈS MUSICAUX · texte numérisé non relu

PROGRÈS MUSICAUX

mesure que j’écrivais, me faisant ses observations et me conseillant. A midi, il me laissa partir et me donna pour tâche d’achever le travail à la maison en complétant les voix secondaires. Lorsque je lui rapportai la fugue terminée, il me demanda de la comparer à celle qu’il avait faite sur le même thème. L’étude commune de cette fugue fut le point de départ d’une féconde amitié entre le professeur et l’élève. A partir de ce moment, les leçons devinrent pour tous deux un véritable plaisir. J’étais étonné de voir ]e temps passer si vite. Deux mois après, j’avais composé un certain nombre de fugues pleines d’artifices et je m’étais assimilé rapidement les plus difficiles évolutions du contrepoint. J’apportai alors à mon maître une fugue à deux sujets richement fournie. Je fus positivement effrayé quand il me déclara que je pouvais me vanter de cette composition et que je n’avais plus rien à apprendre de lui ; elle ne m’avait coûté aucune peine, et, dans la suite, je me demandai souvent si j’avais réellement de la méthode comme musicien. Weinlich luimême ne paraissait pas attacher grande importance à ce que j’avais appris chez lui. Il me disait : « Vous n’écrirez sans doute jamais ni fugues ni canons, mais vous vous êtes approprié Y indépendance. Vous pouvez maintenant marcher tout seul, car vous savez travailler selon les règles de l’art, si c’est nécessaire. »

Le résultat principal de son influence sur moi fut de m’inculquer le goût de la clarté et de la limpidité, que j’appréciai à son exemple. La fugue dont j’ai parlé, j’avais dû l’arranger pour le chant sur un texte donné, et mon penchant pour la musique vocale en avait été éveillé.

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